Vétérans, anciens résistants, acteurs et témoins du Débarquement en Normandie

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Janine HARDY, une jeune femme sous les bombes

 

Janine Hardy est née à Cléville (14) le 1er septembre 1920. Depuis toujours, elle habite Caen dans le quartier du Vaugueux. Elle va à l’école rue Buquet jusqu’à l’obtention de son certificat d’études.
Pendant l’Occupation, elle travaille comme vendeuse chez des amis dans son quartier. Elle n’appartient pas à un réseau de résistance mais rend des services en servant d’intermédiaire pour trouver des cartes d’identité à des réfractaires au STO entre autres.

L’engagement

Deux ou trois jours avant le Jour J, Janine Hardy sait par son frère que le débarquement va avoir lieu mais elle n’image pas l’ampleur de l’événement.
Le 6 juin alors qu’elle est réfugiée au lycée Malherbe dans l’abri n°5, un déluge de bombes tombe sur Caen pour la deuxième fois de la journée, il est 13h30. Son frère, Pierre, vient la chercher pour aider à dégager les personnes de son quartier prises sous les décombres. C’est le début de son engagement au sein des équipes d’urgence : « A 23 ans, on ne réfléchit pas ».

 

Elle a pour mission d’évacuer par brancard les victimes des bombardements.
Ce sont des moments très durs. Elle ne reconnaît plus son quartier et doit venir en aide ou constater le décès de personnes qu’elle côtoyait jusqu’alors régulièrement. Un de ses souvenirs les plus marquant est celui d’une femme prise dans les décombres qui s’inquiète du sort de son enfant pensant l’avoir sauvé. Lorsque Janine lui retire l’enfant, la fillette est morte étouffée. Janine préfère lui dire que l’enfant a été évacué en lieu sûr.
Les équipes d’urgence s’organisent rapidement, on distribue des missions à chacun : certains sont chargés de trouver de la nourriture, d’autres doivent faire des réserves d’eau dans des citernes,…

L’après-guerre

L’appartement de Janine, place du Marché au Bois, est détruit, et elle attendra 12 ans avant d’être relogée. Jusqu’en novembre 1944, elle vit dans les abris du lycée Malherbe. Elle fait un séjour à Paris chez une tante pour récupérer des affaires et une couverture. Elle a tout perdu dans les bombardements et n’a que des vêtements d’été.
Ce séjour est un choc pour elle. La vie à Paris a repris son cours. Les Parisiens n’ont pas conscience des difficultés des habitants des villes normandes et des Normands en général. Le contraste de cette vie parisienne et l’incompréhension avec sa tante sont tels que Janine Hardy est amère, profondément déçue. Pendant les combats de la Libération, tout le monde était solidaire pour faire face aux événements et aux atrocités subies. Les combats terminés, la solidarité n’est plus là.
De retour à Caen, elle vit dans les ruines avec un matelas de fortune trouvé dans les décombres. Elle n’a plus ni eau, ni chauffage, ni électricité, elle s’éclaire à la bougie. Cette situation va durer des années. Elle emménage dans son appartement actuel en 1956 seulement, à quelques dizaines de mètres de son ancien quartier.
Malgré un caractère « bien trempé », ces événements ont profondément marqué Janine Hardy. Ils l’ont marqué dans sa chair, les années de privation à 20 ans ont des conséquences irrémédiables sur sa santé. Ils l’ont marqué dans son inconscient : difficultés à dormir, cauchemars réguliers, l’usure de 10 années à ne pas vivre « chez soi », dans des conditions très précaires.
Rapidement après la guerre, Janine s’investit dans des associations comme Ceux de la Bataille de Caen (aujourd’hui dissoute), le Souvenir français ou encore le Comité de coordination des associations d’anciens combattants et des sociétés patriotiques de la ville de Caen.

Décoration :
Chevalier de l’ordre national du mérite.


Janine Hardy was born in Cléville (14) on September 1st, 1920. She has always lived in Caen, in the neighborhood of Vaugueux. She went to school on rue Buquet until her graduation certificate.
During the Occupation, she worked as a saleswoman for friends in her neighborhood. She didn’t belong to a network of Resistance, but helped as intermediary to find identity cards for refractory of the STO among others.

Two or three days before D-Day, Janine Hardy knew by her brother that the Landing will take place but did not picture the magnitude of the event.
On June 6, while she fled to safety in the shelter No. 5 at the Malherbe High School, a deluge of bombs felt on Caen for the second time that day, at 1:30 pm. Her brother, Pierre, came to take her to help get people of neighborhood out of the rubble. This is the beginning of her involvement in emergency teams : "At 23, you do not think."
Her mission was to evacuate victims of the bombing on stretchers.
Those were really hard times. She no longer recognized her neighborhood and should help or see the death of people she used to regularly hang out with. One of her most striking memories is the one of a woman trapped in the rubble who cared about the fate of her child she thought she saved. When Janine took away the child, she was dead, suffocated. Janine prefered to tell the mother that the child was evacuated to a safe place.
Emergency teams quickly organized, assignments were distributed to each : some were responsible for finding food, others had to make water supplies in tanks …

After the war

The apartment of Janine, place du Marché au Bois, was destroyed, and she will wait 12 years before being relocated. Until November 1944, she lived in the shelter of the Malherbe School. She made ​​a trip to Paris with an aunt to retrieve some belongings and a blanket. She lost everything in the bombing and had only summer clothes.
This trip was a shock for her. Life returned to normal in Paris. Parisians were not aware of the difficulties the inhabitants of towns in Normandy and Normans in general encountered. The contrast of the Parisian life and misunderstanding with her aunt were so huge that Janine became bitter, deeply disappointed. During the fightings of the Liberation, everyone was united to deal with the events and the atrocities suffered. When the fightings ended, the solidarity was no longer there either.
Back to Caen, she lived in the ruins with a makeshift mattress found in the rubble. She had no water, no heating, no electricity, she used candles for lighting. This situation will last for years. She moved into her current apartment in 1956, only a few dozen meters from her old neighborhood.
Despite a "well tempered" nature, these events have profoundly marked Janine Hardy. They scored in her flesh, years of deprivation in her 20s had irremediable consequences on her health. They scored in her unconscious : difficulty sleeping, regular nightmares, the wear and tear of 10 years not living "at home", in very precarious conditions.
Shortly after the war, Janine dedicated herself to associations like Those of the Battle of Caen (now dissolved), The French Remembrance or The Coordinating Committee of veterans organizations and patriotic societies of the city of Caen.

Medal :
Knight of the National Order of Merit