Cérémonies de remise des prix aux lauréats de concours de la Résistance et de la Déportation

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L’abbé Jean DALIGAULT (1899-1945)

 

Créer pour garder son humanité

L’abbé Jean Daligault entre rapidement en résistance dans le groupe Armées des Volontaires dans la région de Caen.
Arrêté en août 1941, il est emprisonné, durement torturé et manque de sombrer dans la folie.
Il est déporté en tant que NN (Nacht und Nebel), au camp d’Hinzert puis dans des prisons du Reich.

Pour tenir, il trouve la force de représenter les personnages de son quotidien : autoportraits, prisonniers, geôliers, procureurs et juges.
Il utilise tous les supports qu’il a à sa disposition : papier journal, pied de tabouret, planche de son lit.
Dans certains lieux de détention, il fabrique ses propres couleurs à l’aide des matériaux de sa cellule (le vert et le noir grattés sur les murs, le blanc fait de savon…).
Jean Daligault confie des œuvres à l’aumônier allemand de la prison de Trèves.

Transféré à Dachau à bout de force, il est exécuté le 28 avril 1945, la veille de la libération
du camp.

Jean Daligault, Autoportrait, Trêves, 7 août 1944, pastel au dos d’un brouillon de lettre adressée le 25 mars 1944 au procureur du Tribunal du peuple à Berlin (21 x 15 cm).
© Musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon

 

En déportation, l’art envers et contre tout

Dès leur arrivée au pouvoir, les nazis mettent en place les premiers camps de concentration pour y enfermer les opposants qu’ils ont arrêtés. Ces camps sont des appareils de répression, élargi à l’ensemble des opposants et résistants européens, et, à partir de 1942, il acquiert un rôle économique important au sein de l’appareil de production mis en place dans le cadre de la guerre totale.
Les camps principaux deviennent des réservoirs de main-d’oeuvre, prélevée dans toute l’Europe occupée et répartie dans des milliers de Kommandos de travail.

Dans l’univers concentrationnaire, toute activité contribuant à restituer même partiellement leur humanité et leur identité aux détenus est interdite et punie. La pratique artistique est donc théoriquement impossible. Par ailleurs, les déportés sont maintenus dans le dénuement : leurs possessions matérielles sont réduites à l’essentiel, c’est-à-dire de quoi mal se vêtir et mal se nourrir.
Parallèlement, les nazis décident de procéder à l’extermination des Juifs d’Europe. Lors de la conférence de Wannsee en janvier 1942, un plan génocidaire est organisé autour de la construction de centres de mise à mort, destinés à se substituer aux groupes mobiles de tuerie.

Détenir du papier ou un crayon peut conduire à la mort. Pourtant, dans tous les camps, des exemples de pratiques artistiques sont connus. De nombreux détenus parviennent à récupérer quelques feuilles de papier, en subtilisant dans les bureaux ou les ateliers où ils travaillent des documents administratifs ou des pages de journaux.
Les plus résolus peuvent céder une part de leur maigre ration contre les objets recherchés : les déportés savent que l’on peut « organiser », c’est-à-dire trouver n’importe quoi sur le marché parallèle du camp, à condition d’avoir de quoi échanger.

Cet article est extrait de la lettre de la fondation de la Résistance n°82-septembre 2015.