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Paulette HERON portrait d’une résistante

 

Paulette Leconte, épouse Héron, née à Caen le 21 avril 1918.
Secrétaire à la préfecture de Caen, employée au service téléphonique, madame Héron a pu accumuler de nombreux documents et renseignements précieux pour la Résistance.

Entrée dans la résistance, sous le pseudonyme de "Marianne", au sein du réseau Arc en Ciel dont le responsable régional est Jean-Claude Héron, qu’elle épousera plus tard.

Ce réseau organisa l’exécution du traître Lucien Brière (agent de la Gestapo) le 3 mai 1944 à Caen.
Brière, chef français de la Gestapo pour la région de Caen, aurait, selon Madame Héron, abattu froidement dans la rue et sans motif véritable, une cinquantaine de personnes. Il causa de nombreuses difficultés au réseau, à tel point qu’on jugea indispensable de l’exécuter.

Le réseau Arc en ciel de Madame Héron a d’abord demandé l’autorisation à Londres de l’éliminer. Puis Jean Héron, son mari et deux autres camarades sont passés à l’action le 15 mai 1944.— « Malheureusement, cet attentat ne passa pas inaperçu, et il y eut de graves répercussions sur notre réseau ». En effet, le jour du Débarquement allié, le 6 juin 1944, à la prison de Caen, près de quatre-vingt-dix-sept personnes furent tuées, dix-huit résistants sur les quarante que comportait le réseau furent fusillés les uns après les autres. Parmi eux, le propre père de Madame Héron. Deux résistants de ce groupe eurent miraculeusement la vie sauve :

le nom du premier fut mal prononcé par les Allemands et il ne sortit pas de sa cellule, le deuxième qui était un enfant de treize ans fut épargné. La propre mère de Madame Héron fut emprisonnée elle aussi. Dans la grande confusion qui régnait lors du Débarquement, par manque de temps peut-être, elle fut relâchée comme la plupart de ses camarades. Fuyant les bombardements et les Allemands, elles se réfugièrent quarante jours dans les champignonnières de Fleury-sur-Ome. Sur les quatre-vingt-dix-sept personnes tuées à la prison de Caen, aucun corps n’a jamais été retrouvé à ce jour.

Ce n’est qu’après le Débarquement, et avec les Américains, que Madame Héron regagna Caen. A la prison, seul et ultime souvenir de son père, un pardessus taché de sang…

 

Malgré les arrestations, elle poursuivit avec la même ardeur son action en faisant preuve cependant de plus en plus de prudence.

Sa mémoire garde le vif souvenir d’un homme : son propre beau-frère. Chirurgien, il avait une clinique, rue des Jacobins à Caen. Arrêté, il fut déporté à Auschwitz. Sa clinique fut réquisitionnée par la Gestapo qui y établit ses bureaux et le lieu de ses supplices : « On utilisait là, par exemple le supplice de la baignoire : on plongeait la personne sous l’eau jusqu’à ce qu’elle manque d’air, puis on lui demandait des renseignements sur son réseau. Certains sont morts noyés car ils n’ont pas voulu dénoncer leurs camarades. D’autres tortures, encore plus humiliantes, étaient aussi pratiquées. Il n’y avait en définitive que deux conclusions possibles : soit la personne arrêtée parlait, soit elle était tuée ou envoyée en camp de concentration.

Bien sûr, nous étions considérés par les Allemands comme des espions, je reconnais que nous étions des hors-la-loi.

Mais, c’était inadmissible d’utiliser la torture, la torture la plus avilissante pour nous faire parler. La devise du nazisme était l’esclavage de l’ennemi et la disparition de celui-ci. Il ne faut pas retirer aujourd’hui un sentiment de vengeance de ces actions, mais il faut s’en souvenir tout comme des horreurs des camps de concentration.

« Mon beau-frère est mon à Auschwitz. Médecin au camp, il s’insurgea contre le traitement de ses malades : ils étaient en effet régulièrement battus… Les nazis le punirent d’atroce façon : il dut monter et descendre un escalier en portant une lourde pierre jusqu’à épuisement. Mon beau-frère tomba, l’Allemand qui le surveillait prit alors sa charge et lui fracassa la tête avec la pierre. Comme il n’était pas encore mort, on l’enterra debout et l’on fit passer un rouleau sur sa tête ! ».. Hitler, ajouta-t-elle, était l’incarnation totale du mal. La réalité de cette époque dépasse tout ce que l’on peut dire aujourd’hui. »

Après la guerre, Madame Héron a exercé la fonction de Consul de France notamment en Pologne. Dans ce pays se trouvaient la plupart des camps de concentration. Dans ces camps, les juifs étaient entassés la nuit sur des planches, ils étaient habillés de loques, leurs cheveux étaient rasés. Le matin, les gardiens les réveillaient en les arrosant d’eau froide même lorsqu’il faisait moins quarante degrés, en hiver. L’appel se faisait à cinq ou six heures du matin, les prisonniers se tenaient en ligne près des barbelés électrifiés. Parfois certaines personnes tombaient d’épuisement, d’autres préféraient se suicider en se jetant sur les barbelés. Mais souvent, il arrivait que les autres prisonniers gardent ces morts debout pour recevoir leurs portions de nourriture…

Madame Héron était à la fin de la guerre à la Sécurité Militaire au rapatriement des déportés féminines de Ravensbruck à Annemasse. Elle accueillit ces femmes qui étaient encore habillées de robes à rayures, avec aux pieds des morceaux de bois tenus par des ficelles… Sur leur tête complètement rasée apparaissait une double raie qui avait été établie pour mieux les repérer en cas de fuite… « Elles sentaient le cadavre » ajouta Madame Héron… « Plus on est cruel, plus on cherche à être cruel ; c’était la cruauté la plus infernale, c’était terrible. Si vous trouvez que ce n’est pas un acte de sadisme… Ces tortures pour extirper les dénonciations atteignaient à la dignité de l’Homme. C’était une course infernale vers l’extermination, juifs et aryens confondus.

« Mais le pire c’est que tout était programmé. Les Nazis savaient que s’ils vous donnaient tant et tant de nourriture à manger, vous alliez mettre tant et tant de jours à mourir. Ce n’était pas une guerre loyale, c’était une infernale saleté, quelque chose d’immonde ! Tout semblait normal, on pouvait tout se permettre. Celui qui tuait le plus, c’était le vainqueur. C’est l’homme qui a fait tout cela ! On n’a pas le droit de massacrer les hommes, on n’a pas le droit à une cruauté aussi sauvage. C’était le mal pour le mal… Je ne veux plus trop y penser, mais de toutes ces atrocités il faut tirer une philosophie :

Si les hommes pouvaient comprendre que le bonheur est simple, proche et facile et que seule la tolérance et la compréhension en sont les principaux éléments » !

Après la guerre, Madame Héron a connu des gens qui ont été torturés par la Gestapo. Mais ces personnes ont une certaine pudeur à révéler ce qu’elles ont subi. Leurs supplices étaient tellement avilissants qu’elles ne diront pas certaines choses…

Chanceuse, Madame Héron n’a jamais été arrêtée. Mais alors que, jeune comédienne, elle participait à une représentation du Jeu de l’amour et du hasard de Marivaux, elle apprit qu’elle allait être incarcérée. Elle dut s’enfuir et ce fut pour elle le début d’une longue pérégrination. Désormais, elle ne resta jamais pendant plus de vingt-quatre heures au même endroit, et dut même une fois adopter pour cachette un asile de fous… Malgré cela, elle put et voulut poursuivre l’accomplissement des missions qu’on lui confiait.