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Moustache le barbet mascotte des armées impériales

 

Adopté en 1799 par une compagnie de grenadiers alors qu’il vagabonde dans les rues de Caen, le gros chiot de race Barbet est happé par le son des tambours, il emboîte le pas des grenadiers, se place à la hauteur d’un tambour et décide de les suivre jusqu’à la caserne.

C’est ainsi que le jeune chien s’enrôla dans l’armée impériale qui l’adopta. On le baptisa du nom de « Moustache » et on lui apprit l’exercice.

 

A l’époque, la ville de Caen abritait la 40e demi-brigade d’infanterie de ligne qui était sous les ordres du chef de brigade, Louis-Marie Auvray. À l’entrée de la caserne, il était coutumier de voir Moustache monter la garde près de la sentinelle.

Il participe avec les hommes à toutes les manœuvres. Il sait même faire un semblant de salut militaire en portant la patte à son oreille, s’habitue au bruit du tambour et des armes et montait la garde pendant la nuit ; aucun bruit inhabituel ne lui échappait.

L’animal fut également doué « d’un nez« véritablement extraordinaire. Les soldats, dans les loisirs de la caserne, s’amusaient à développer le don naturel du chien et étaient arrivés à des résultats étonnants.

L’expérience était la suivante : un soldat donnait à sentir au chien le chapeau, la giberne ou tout autre objet ayant appartenu à un homme quelconque de la demi-brigade. Ensuite, lorsqu’un détachement sortait en mission, « Moustache » restait enfermé à la caserne et une heure après le départ du détachement, un soldat lui ouvrait la porte et aussitôt le remarquable animal se dirigeait, flairant le sol, jusqu’à l’endroit où se trouvait le détachement.

Quelle que fût la distance parcourue, le chien arrivait toujours à rejoindre le soldat auquel appartenait l’objet qu’on lui avait fait sentir.

Ses premiers "faits d’armes" auront lieu en juin 1800 lorsque Moustache faisait sa ronde autour du campement, il huma une odeur inhabituelle et croyant entendre le pas de voleurs lança des aboiements féroces qui éveillèrent le camp. S’engagea alors un combat violent contre les autrichiens que les français repoussèrent.

À la suite de cet événement, Moustache reçu tous les soins et les honneurs du régiment.

Il se distingua lors de la bataille de Marengo, lorsqu’il défendit le porte-drapeau du régiment.

En 1803, lors de la bataille d’Austerlitz, il aperçut le porte-étendard de son régiment aux prises avec un détachement d’ennemis. Il vola à son secours, aboya, encouragea son maître et fit ce qu’il put pour effrayer les Autrichiens.

Il défendait sa bannière quand une décharge de mitraille balaya l’ennemi. Moustache y perdit une patte. Malgré sa blessure, il prend alors la hampe du drapeau dans la gueule et tirant de toutes ses forces, parvient à dégager les lambeaux sanglants de la bannière et le ramène vers les lignes françaises. À la suite de cette belle action, le général Lannes ordonna qu’on lui mette au cou un ruban rouge avec une petite médaille de cuivre, chargée de cette inscription :

  • Sur la première face : « Perdit une jambe à la bataille d’Austerlitz, et sauva le drapeau de son régiment ».
  • Sur l’autre face : « Moustache, chien français : qu’il soit partout respecté et chéri comme un brave ».

Devenu célèbre, il fut présenté à l’Empereur.

Malgré une patte amputée, on le retrouve à la bataille d’Iéna en 1806, à la bataille de Friedland puis dans le 5e corps d’occupation en Silésie, en 1807, qu’il quitte en 1808 pour l’Espagne.

Lors de la bataille de la Sierra-Morena, il ramena le cheval d’un dragon qui venait d’être tué.

En 1810, Moustache devient chien vétéran de la Grande Armée. Le 26 janvier 1811, son régiment arrive à Badajoz pour assiéger la ville. Le 11 mars 1811, âgé de 12 ans, Moustache est tué par un boulet espagnol alors que la forteresse tombe au pouvoir des Français après une forte résistance. Moustache est enterré sur le champ de bataille avec sa médaille et son ruban. Une pierre lui servit de mausolée sur laquelle on grava ses mots : « Ici repose le brave Moustache ».

En 1814, sur ordre de l’inquisition espagnole, la tombe fut détruite et les os du chien brûlés.

Le 11 mars 2006, un hommage a été rendu et une plaque a été posée au cimetière des chiens d’Asnières-sur-Seine par les Amis du Patrimoine Napoléonien.